Rosporden, capitale du Chouchenn

Dans les années vingt, tous les cafés de la ville avaient leur propre stock de chouchenn, qu'ils fabriquaient avec leurs ruches à l'approche de l'automne et servaient encore trouble, à la barrique, dans le courant de l'hiver; trouble, c'est-à-dire en pleine fermentation, alors que le chouchenn ne titre pas trop. Bu ainsi, plus chaud et doux que le vin, il constituait un parfait "chas-grip" (chasse grippe), selon l'expression du pays? Pour Per Jakez Hélias, c'est la meilleure période pour l'apprécier: Le chouchenn nouveau peut se boire quelques semaines après sa fabrication et, à ce moment-là, il garde une couleur de lait. C'est ainsi que le dégustent les fines gueules. L'usage de consommer au comptoir s'éteignit après la Seconde Guerre mondiale.

Pour n'avoir pas pu se procurer de barriques de chouchenn, ni pu acheter du miel, auprès des autres cabaretiers de la ville, Mme Gall, elle-même tenancière d'un café, rue Hippolythe Le Bas, se décida, vers 1920, à produire elle-même de l'hydromel. Le temps donna raison à sa tenacité, puisque après que tous les cafés de Rosporden eurent cessé la vente de chouchenn, elle en fabriquait encore! Plusieurs grossistes reprirent aussi cette activité fort lucrative: d'artisanal, confiné dans chaque bar, le chouchenn passa ainsi à un stade semi-industriel, mais toujours fortement ancré à Rosporden et sa région: dans les années 50, quatre commerces importants d'hydromel se partageaint le monopole dans la cité. Une place essentielle dans la vie publique de la commune, à un tel point que lesdeux principaux fabricants Joseph Postic et René Gall, en devinrent successivement maires. C'est en reconnaissance de ce rôle social que Per Jakez Hélias sacra la ville sous l'égide de cet alcool: Je suis allé boire le chouchenn avec René Gall, à Rosporden. Désormais, c'est Rosporden qui est établie en capitale de ce breuvage.